Chapitre 6: La fin

Chapitre 6

Nos rêves ont été si beaux, nos ambitions ai nobles, nos naïvetés si généreuses ! Tu t’en souviens ? Il faudrait se mettre à genoux pour dire tout ce que nous avons aimé... – Lettre du 25 décembre 1910. 

… Si l’on veut le bien de l’Église, il faut le vouloir comme elle le veut. – Lettre du 3 septembre 1910. 

L’année 1910 voit la fin de l’action et de la propagande sillonniste. Année de tristesse et d’échecs matériels, année de la condamnation. 

Deux fois de suite, en 1909 à Sceaux, l’année suivante aux Batignolles, Marc Sangnier a essayé, par un rude effort, de faire pénétrer au Parlement les idées du Sillon. Malgré les milliers de voix conquises pendant des campagnes d’une superbe loyauté, menées au rebours de tous les procédés de la politique d’arrondissement, il échoue. 

Comme chaque fois qu’il s’agit de défendre son ami, Henry du Roure s’est jeté, avec acharnement, dans les deux batailles. A Sceaux, il rédige le journal de propagande et il souligne, d’un trait vigoureux et mordant, le ridicule des candidats que les vieux partis opposent au représentant d’une politique nouvelle. Aux Batignolles, c’est lui-même qui sonde la circonscription, calcule les chances et entraîne Marc Sangnier à engager la lutte. Mais l’âpreté de la campagne engagée ne l’empêche pas de dominer, comme à l’ordinaire, son travail de chaque jour, pour en clarifier les raisons. 

… C’est très difficile d’agir sans humaine excitation, sans ambition temporelle. C’est presque impossible. Il faudrait être un saint. Nous autres, pécheurs, nous sommes tantôt enthousiastes, tantôt découragés; mais jamais détachés, ni vaillants. Aussi nos existences et nos efforts ne valent pas cher. 

Voilà le Sillon qui se lance dans la politique; cette élection des Batignolles est chanceuse ; la lutté sera dure et pénible, à cause de X… qui se présente surtout comme candidat catholique, et est prêt, lui et les bonapartistes ou royalistes qui le soutiennent, à toutes les déclarations républicaines et démocratiques. Que faire ? Avoir l’air d’y croire ? — Mais la moitié de notre rôle, c’est de dénoncer cette équivoque-là. Montrer la supercherie ? Ah ! La désagréable besogne, de dire aux gens : « Vous mentez ! » 

Je suis effrayé de la difficulté du succès — non pas là seulement, mais partout — et de la gravité d’un échec ; mais je suis effrayé aussi de voir, de sentir en moi-même le redoutable danger du désir de vaincre, désir qui devient exclusif et tyrannique, qui excite, mais qui affole et qui aveugle. 

Et pourtant, elle est trop paisible pour nous être permise, la tour d’ivoire des dilettantes et des sages. On voudrait n’avoir pas entendu la parole : « … non la paix, mais la guerre. » Mais il l’a dite. Faisons-donc la guerre.1

Au soir du scrutin, quand les chiffres commencent à montrer l’erreur de ses prévisions, épuisé de fatigue et accablé par sa déception, il tombe évanoui. 

En attirant plus violemment l’attention sur le Sillon et son chef, la campagne électorale a redoublé les critiques des journaux religieux et les malédictions des journaux conservateurs. La Croix, dont l’hostilité avait été jusque-là plus discrète, publie une série de longs articles où semble se justifier déjà une condamnation doctrinale. Un rédacteur à la Libre Parole interroge successivement tous les évêques de France dans l’espoir que le concert des décisions hostiles hâtera cette condamnation. Et beaucoup de sillonnistes eux-mêmes, en révisant leurs doctrines et leurs règles d’action pour répondre aux objections qui se multiplient, se demandent avec anxiété s’ils ne devraient pas introduire telle ou telle réforme dans leur œuvre2. 

L’un des correspondants d’Henry du Roure s’inquiète surtout des collaborations « laïques » ou protestantes que le Sillon a délibérément souhaitées et obtenues. Sans doute, rien n’est plus légitime, en droit, que ces ententes entre catholiques et non-catholiques pour des initiatives temporelles lorsque le bien de la cité l’exige. Mais le souci d’agir en parfait accord avec ces incroyants ou ces hétérodoxes de bonne foi n’entraîne-t-il pas certains sillonnistes à oublier les exigences de l’ordre surnaturel et à déclarer suffisant pour la vie cet idéalisme plus large que toutes les doctrines qui suffit à une action contre l’alcoolisme ou pour la législation ouvrière ? Le plus grand Sillon ne tend-il pas à devenir, pour quelques braves gens à l’esprit confus, comme une « plus grande Eglise » plus accueillante que l’Eglise ? 

Quelques jours après l’échec des Batignolles, et d’une écriture qui trahit encore la fatigué et ; l’énervement de la lutte, Henry du Roure essaye de calmer cette inquiétude : 

La situation religieuse au Sillon t’inspire des réflexions si graves qu’elles peuvent en effet nous faire concevoir quelque inquiétude. Il y a là de quoi songer !… Seulement, où je ne partage pas tout à fait ton avis, c’est en ceci qu’il ne me semble pas que telles soient les préoccupations de nos supérieurs ecclésiastiques. Ils ont commencé á s’inquiéter avant que le plus grand Sillon fût né. Peut-être ce qui les effraie est-ce justement que le Sillon est, en somme, en fait,un mouvement catholique et qui ne leur est pas soumis dans ses manifestations temporelles. Tout l’effort du Saint-Siège n’est-il pas, depuis quelques années, de dénier aux catholiques le droit d’agir et de se grouper sur un terrain autre que le terrain confessionnel ? Vois la lettre (dans la Croix d’hier soir) du Cardinal Merry del Val à M. Durand, fondateur des Caisses rurales et ouvrières : on le félicite de déclarer que son œuvre est une œuvre strictement confessionnelle, soumise à la direction immédiate du Pape et des Evêques. Et cependant, ce sont de simples caisses de prêt et de crédit ! 

Mais le problème que tu poses est bien autrement intéressant et redoutable. Il s’est posé, au moins dans nos esprits, au cours de la campagne des Batignolles. Ce qui me rassure, c’est que pratiquement, le lien qui nous unit à nos camarades catholiques est tellement plus fort que celui qui, nous unit aux républicains non-croyants que cela nous crée une réelle difficulté au point de vue politique. Les électeurs sont inquiets de ce Sillon mystérieux, dont ‘âme leur est inconnue, et est cependant perpétuellement présente en chacun de nous. Le principe de notre action leur échappe. 

Il faut le robuste bon sens de Marc et sa solide confiance pour ne pas faire le geste si doux de renoncer à tout rayonnement extérieur, et de négliger entièrement ceux qui ne croient pas. Je comprends très bien que certains hommes, et probablement le Pape et les évêques, pensent toujours à une France chrétienne, où le catholicisme serait et aurait le droit d’être la religion d’Etat. Toute autre situation est infiniment triste, difficile et douloureuse. Mais que faire, sinon reconnaître loyalement, en face des autres et de soi-même, ce qui est ?3

Il y a une politique de l’Église. Elle n’est pas immuable et infaillible comme sa doctrine car elle dépend du caractère de son chef et tient compte de dangers et d’opportunités qui changent avec les années. Henry du Roure a raison de le reconnaître ici : la politique du Sillon heurtait alors dans quelques-unes de ses directions essentielles la politique de Pie X. 

Le Sillon était encore, comme aux premiers jours de son histoire, ardemment préoccupé de pénétration et de conquête. Il ne craignait pas le contact avec les incroyants : il le recherchait, impatient de prouver, dans une loyale concurrence au profit du bien public, la supériorité des énergies chrétiennes. Le Souverain Pontife, inquiet surtout des dangers intérieurs de l’Église, redoutait au contraire ces collaborations. Il venait de réprimer énergiquement, par son Encyclique sur le modernisme de subtiles et graves corruptions de la pensée catholique. Il avait demandé à l’Église de France de renoncer à tous ses biens matériels pour que sa constitution hiérarchique ne fût pas ébranlée par les associations cultuelles. Sous sa main puissante la force d’expansion du catholicisme semblait momentanément se contenir afin que la pureté de la foi se raffermît et que la vie surnaturelle s’accrût chez les fidèles dans les liens d une discipline plus forte. Il devait donc s’inquiéter de ce petit troupeau qu’il avait béni, six ans auparavant, pour sa ferveur, mais qui s’obstinait à courir des aventures dans de dangereux parages en échappant à la direction actuelle de son pasteur4. 

Et ses inquiétudes s’aggravaient d’autant plus qu’on lui dénonçait dans le Sillon, avec une extraordinaire instance, des erreurs doctrinales. Les inquisiteurs bénévoles se multipliaient à Rome comme autour des évêques. Recueillant, dans les publications sillonnistes certaines vues chimériques et dont plusieurs étaient déjà abandonnées, isolant certaines formules incomplètes ou simplistes, les étirant, par déduction, jusqu’à des conséquences formellement reniées par leurs auteurs, ils construisaient, pour l’attribuer au Sillon, une théorie de la Démocratie qui était non seulement étrangère mais nettement contraire aux enseignements de l’Église. De jour en jour les sillonnistes voyaient l’image de ce Sillon hétérodoxe, qu’ils répudiaient, prendre corps et s’imposer à l’opinion catholique — et cela en dépit de leurs protestations, en dépit même de l’intervention de plusieurs évêques qui s’étaient constitués, auprès de leurs collègues et auprès du Vatican, les avocats de l’œuvre suspectée et les garants de ses intentions. 

Le 29 août 1910 arrivait à Paris la Lettre du Pape aux évêques de France : elle mettait fin aux discussions par un acte solennel et décisif. 

Le Gardien de la doctrine condamnait nettement les idées erronées dont il faisait la synthèse. Tout en déclarant légitime l’attachement des sillonnistes à la République, il frappait une triple erreur dans leur idéal social et religieux : une conception anarchique de la liberté qui exigerait, au nom de la dignité humaine, que l’homme s’affranchisse de toute autorité extérieure, une idée chimérique de la justice qui tendrait au nivellement absolu des classes, — enfin et surtout une notion purement naturelle de la fraternité qui effacerait toute distinction de croyances pour unir les hommes dans une sorte d’Église toute humaine, sans dogmes et sans discipline, sans vérité. Puis, atténuant la sévérité de ses décisions par des mots d’une paternelle et touchante tendresse, le Chef de l’Église demandait aux dirigeants du Sillon de rompre eux-mêmes l’unité de leur œuvre et de la remettre entre les mains des évêques. 

Cette sanction était une épreuve autrement grave qu’un échec électoral. Il peut paraître surprenant qu’Henry du Roure ait souffert, cette fois sans inquiétude et sans trouble. Cela s’explique cependant. Une réprimande solennelle du Père commun des fidèles délivre plus qu’elle n’écrase ceux sur qui elle tombe. Elle les appelle immédiatement à juger les choses d’un point de vue surnaturel et par là elle les affranchit des regrets stériles, elle tempère l’amertume dé la déception. Elle trace devant eux, au moins pour le moment présent, la route claire d’un devoir certain. 

Le Sillon ne contenait que des Catholiques résolument fidèles : on le vit bien lorsque, avec un ensemble impressionnant, tous les groupes de Paris et de province renouvelèrent devant les évêques de France l’acte de religieuse soumission que Marc Sangnier, dès le lendemain de la condamnation avait fait parvenir au Saint-Père. 

Ainsi Henry du Roure pouvait écrire de Paris à sa mère et à sa sœur Madeleine : 

C’est bien, ici qu’il y a le moins le désolation depuis la lettre du Pape. Marc garde beaucoup de sérénité et même de bonne humeur, comme toujours dans les circonstances graves. Et puis, n’avons-nous pas de tout temps projeté de nous soumettre dans une occasion semblable ? —Il y a évidemment dans la lettre du Pape des accusations qui ne portent pas sur nos idées et nos sentiments véritables. Mais après tout, notre tort est d’avoir laissé entendre que nous pensions ainsi. 

Ce qui se débat à présent, c’est le sort du journal…5

Si le Vatican brise la Démocratie, alors c’est bien la fin, pour longtemps… Attendons sans nous énerver. Il est aussi impossible de prévoir ce qui arrivera que de dire ce qui serait le plus avantageux à l’Eglise, à notre pays et à nous- mêmes. Cette pensée me donne beaucoup de calme, bien que tout ceci comporte de grands déchirements et de durables tristesses… L’amertume serait bien pire s’il s’agissait d’humaines ambitions. Mais, si l’on veut le bien de l’Eglise, il faut le vouloir comme elle le veut.6

[…] Je suis gêné quand je lis vos lettres, parce qu’elles contiennent des éloges que je ne mérite pas du tout. D’abord parce qu’ici je ne suis qu’un simple soldat et que je n’ai le mérite d’aucune décision; ensuite, parce que je ne m’imagine pas bien ce que nous aurions pu faire sinon nous soumettre? Je pense aussi que vous ne l’avez pas mis en doute ? Alors ?… 

Plus je vais, plus le jugement des hommes en général et le mien en particulier, me paraissent négligeables. Nous ne savons pas grand’chose, et encore, quand nous croyons juger d’après ce que nous savons, nous obéissons sans nous en rendre Compte à des désirs égoïstes, des antipathies ou des sympathies, etc. Par conséquent, le mieux est de s’en remettre à la Providence, toutes les fois qu’on le peut. Quant au bonheur, d’abord on pourrait s’en passer, et ensuite, il nous est tout à fait impossible de savoir par quelle porte il arrive, par quelle porte il s’en va. Donc, inutile de nous en occuper. 

Dis bien à maman de ne pas se chagriner, de ne pas pleurer. Tant que l’on n’est pas touché dans ses croyances, ni même dans ses affections essentielles (car nous n’avons pas à maudire ce que nous avons aimé) on ne peut pas se désoler.7

Deux jours après, Mgr Amette transmet la réponse de Rome : Marc Sangnier est autorisé à conserver son journal. 

C’est donc la vie sauve ! Et tous les espoirs nous reviennent! Nous conformant à tout ce que veut l’Encyclique, nous reprenons notre travail, avec la joie de n’être plus traités en ennemis par nos frères catholiques, ni surtout, ce qui était si douloureux, par les évêques et par le Pape. 

Je crois que le bon Dieu veut décidément se servir un peu de nous ; tâchons de n’en être pas trop indignes.8 

On a beaucoup admiré l’unanime soumission des sillonnistes, leur promptitude à briser, en pleine action, les œuvres auxquelles ils donnaient le meilleur de leur vie. Mais on s’est souvent demandé aussi de quels sentiments cette soumission était accompagnée : leur obéissance supposait-elle l’aveu d’avoir professé les erreurs condamnées, impliquait-elle un reniement total de ce qu’ils avaient pensé — ou bien admettait-elle des réserves, des distinctions, l’espérance d’une révision de leur procès et d’une réhabilitation? 

Il nous semble que les fragments de lettres que l’on vient de lire traduisent assez bien non seulement l’état d’esprit d’Henry du Roure mais au même moment celui de l’immense majorité de ses camarades de combat. « Grands déchirements et durables tristesses »… Une vie commune se brise, combien profonde et combien chère, nous le savons. Pénible certitude. De jeunes hommes ont été arrachés à l’incroyance et aux mauvaises passions par ce grand mouvement entraînant qui ne voulait que des cœurs purs ; ils étaient humainement soutenus et portés par lui : que deviendront-ils, retombés dans leur solitude, ressaisis par leur milieu ? Grande anxiété, plus pénible encore. Enfin ce mouvement conciliait dans ses fidélités et ses espérances le passé chrétien et l’avenir démocratique du pays. Le moyen semblait trouvé d’apaiser la plus douloureuse de nos guerres civiles. Le conflit mortel des deux France ne va-t-il pas s’aggraver du fait de la condamnation ? 

« Il y a évidemment des accusations qui ne portent pas sur nos idées et nos sentiments véritables. » Cette évidence a frappé les camarades d’Henry du Roure d’un douloureux étonnement. Mais convenait-il de protester contre l’attribution qui leur était faite de doctrines où ils ne reconnaissaient pas leur propre pensée ? Non, car s’ils ne les avaient pas expressément professées, telles que les assemblait cette synthèse ? ils avaient le sentiment d’avoir pu en donner l’apparence : « Mais, après tout, notre tort est d’avoir laissé entendre que nous pensions ainsi. » Quelques-unes de ces idées pouvaient être réellement en germe dans certaines de leurs formules ou de leurs initiatives, de telle sorte que le Pape, voyant de plus haut qu’eux-mêmes, avait le droit et le devoir, comme un gardien vigilant de l’avenir, d’avertir de leurs conséquences ruineuses ceux qui les professaient. Il ne fallait donc pas céder comme les Jansénistes d’il y a deux siècles, à la tentation de distinguer entre le fait et le droit et d’entamer devant le public de stériles et infinies discussions.9 Il ne le fallait pas, car c’eût été accepter l’apparence d’une rébellion au moment même où l’occasion s’offrait de donner à l’Église et au monde la preuve exemplaire d’une absolue fidélité. Qu’importe la réputation des sillonnistes quant à leur passé puisqu’il ne s’agit pas « d’humaines ambitions » ? Ils savent trop qu’ils ne sont pas infaillibles. Plutôt que de doser la part d’erreur qui a pu s’introduire dans l’action de la veille, ne vaut-il pas mieux fixer les yeux sur les enseignements positifs de l’Église afin d’assurer la parfaite rectitude de l’action de demain « Si l’on veut le bien de l’Église, il faut le vouloir comme elle le veut. » 

Les sentiments qu’Henry du Roure exprime dans l’intimité ne diffèrent pas de ceux qui inspirent son ami Marc Sangnier lorsqu’il s’adresse au Pape lui-même au nom du Sillon. Ici et là même docilité immédiate, même humilité, même résolution d’éviter à l’avenir l’erreur et l’apparence de l’erreur — mêmes réserves discrètes sur la portée de la condamnation, mais appuyées ici d’un cri de douleur plus éloquent lorsqu’il s’agit non de la fidélité à d’abstraites vérités sociales mais de l’adoration qui est due au Christ toujours vivant. 

Nous essaierons donc, écrivait Marc Sangnier au Souverain Pontife, et sur le terrain même que Votre Sainteté parait nous indiquer comme demeurant encore ouvert à notre activité, de travailler au bien de notre pays ; et nous nous souviendrons toujours que même lorsque nous agissons comme citoyen, nous n’avons pas le droit d’oublier que nous sommes catholique. Aussi nous efforcerons-nous, soit dans nos articles, soit dans nos discours, d’éviter avec le plus grand soin toutes les erreurs et toutes les imprécisions qui pourraient donner lieu de croire que nous soutenons des opinions condamnées par l’Eglise, et en particulier celles qui sont signalées dans la lettre de Votre Sainteté. 

Nous savons mieux que personne combien nous sommes faible et sujet aux erreurs et aux fautes; cependant, Très Saint Père, notre cœur a été transpercé d’une cruelle angoisse quand nous nous sommes vu accusé d’avoir songé à fonder tune religion plus universelle que l’Eglise catholique et d’avoir pratiqué une déformation de l’Evangile « et du caractère sacré de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ ». Que nous ayons pu, même involontairement donner occasion à de tels reproches, c’est ce qui nous frappe de la plus douloureuse stupeur. Puissions-nous, Très Saint Père, vous faire mieux sentir par tout le reste de notre vie, quelle union indissoluble nous attache à l’Eglise et quels sont nos sentiments d’adoration et d’amour pour ce Jésus, qui est pour nous, — et nous tenons à le proclamer même devant les foules les plus hostiles à notre foi, — non pas un « humanitariste sans consistance et sans autorité » mais bien le Dieu fait homme qui vit encore aujourd’hui dans les tabernacles de nos églises et qui veut servir chaque jour de nourriture aux plus humbles d’entre nous ! 

Notes

1Lettre à L. C., 26 janvier 1910. 

2Le 17 mai 1910, le Sillon se différencie en trois organisations distinctes : l’Union pour l’éducation civique, qui ne doit s’occuper que d’oeuvres de jeunesse ; — le Comité démocratique d’action sociale, destiné à fédérer, autour des coopératives sillonnistes toutes les initiatives économiques inspirées des méthodes du Sillon ; — enfin (en projet) les organisations politiques. Seule, l’Union pour l’éducation civique était strictement confessionnelle. 

3Lettre à L. C., 7 mai 1910. 

4« Viam sequuntur damnosam » avait-il dit, dis T907, à Mgr Gieure, êvéque de Bayonne, en parlant des sillonnistes. 

5Marc Sangnier, par l’intermédiaire de Mgr Amette. venait d’écrire au cardinal Merry del Val pour lui demander si l’intention du Saint-Père était qu’il abandonnât aussi son journal La Démocratie qui avait commencé à paraître quinze jours auparavant. 

6Lettre à Mme du Roure, 5 septembre 1910. 

7Lettre à Mlle Madeleine du Roure, 7 septembre 1910. 

8Lettre à Mme du Roure, 9 septembre. 

9« L’Église, dit Fénelon, n’a jamais prétendu décider que l’intention personnelle de Jansénius ait été d’enseigner les hérésies pour laquelle elle a condamné ce livre [d’Augustinus]. Elle le juge point des sentiments intérieurs des personnes. Ce secret des cœurs est réservé à Dieu. Quand elle parle du sens d’un auteur, elle n’entend parler que de celui qu’il exprime naturellement par son textes L’Église n’a pas même décidé que cette combinaison de lettres, do syllabes et de mots, qui composent précisément les cinq propositions [condamnées] se trouvé insérée dans le texte de Jansénius. « (Mandement du 10 février 1704).

SOURCE

Léonard Constant, Henry du Roure, Bloud et Gay, Paris, 1917, 238p.