Avant-propos

Dédicace

A MARC SANGNIER

Puisque c’est à toi, Marc, que l’ami qui nous a quittés dut l’orientation de son âme, il est juste que ces pages te soient tristement et affectueusement dédiées.

L.C.

Avant-propos

Il y a des écrivains qui mettent dans leurs œuvres plus de beauté que dans leur vie. Chez Henry du Roure, il n’est pas de beauté littéraire qui riait d’abord fleuri vivante dans la grâce, l’esprit ou l’âpre vigueur de ses paroles les plus spontanées. Surtout il n y eut jamais sur ses lèvres de mots qui ne fussent profondément en accord avec la réalité de son âme. L’admiration qui inspirent ses œuvres, il faut donc la reporter plus entière sur le chef-d’œuvre que fut sa vie. 

Mais ce chef-d’œuvre nous appartient-il tout entier ? 

Avant de mourir au champ d’honneur, Henry du Roure fut passionnément mêlé à l’un des plus beaux mouvements de la renaissance chrétienne et française du début de ce siècle. Il reçut beaucoup du Sillon, et le Sillon reçut beaucoup de lui. Par là, sa vie individuelle fit partie d’une vie collective qui relève dès à présent de l’histoire. 

Cependant cette âme de militant ne peut être confondue avec aucune autre. En exerçant son action salutaire sur des milliers de compagnons et d’amis inconnus, elle s’offrit davantage au regard de Dieu qu’à celui des hommes, et ne dut son influence extérieure qu’à la puissance de son recueillement. 

Avouons le double sentiment des amis d’Henry du Roure : d’une part, avec toute la ferveur de leur admiration, ils souhaitent que ces splendeurs cachées soient connues et quelles continuent dans le monde leur inoubliable rayonnement, — et d’autre part, ils craignent de rompre le silence dont s’enveloppa cette vie profonde et de manquer à l’exigeante pudeur qui fut l’un des caractères de sa noblesse… 

Que l’ami leur pardonne si, par cette publication, ils lui sont de quelque manière infidèles. Qu’il leur pardonne s’ils sacrifient son humilité à sa charité et s’ils offrent au public l’exemple de cette vie si brève et si riche, si passionnée d’honneur, toute consumée au service de la France et de Dieu. 

SOURCE

Léonard Constant, Henry du Roure, Bloud et Gay, Paris, 1917, 238p.